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Villes : mesurer l’impact climat de leurs politiques pour les rendre plus efficaces ?

 

Pour que les engagements des villes soient suivis d’effets, elles doivent pouvoir identifier et mettre en œuvre des politiques publiques urbaines qui permettent  effectivement de limiter ou de réduire les émissions. Le choix entre différentes options doit s’appuyer sur des outils d’aide à la décision. Cette démarche permet-elle vraiment de rendre l’action publique plus efficace ? Peut-on construire une stratégie de développement urbain sobre en carbone en se basant sur ces outils ?

Les échanges étaient animés par Emmanuelle BASTIDE, journaliste à RFI. Sont intervenus Séverine BOURGEOIS, directrice déléguée Urbanisme Habitat Construction, Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (CEREMA) ; Oscar DAZA, responsable des études sectorielles, Secrétariat à la mobilité de la Ville de Bogota ; Gaël GIRAUD, chef économiste de l’Agence Française de Développement, spécialiste de la transition énergétique ; Daniel PAEZ, professeur assistant du département d’ingénierie civile et environnementale, Université de Los Andes, Bogota (Colombie).

Retrouvez ci-dessous la synthèse des échanges :

Émettrices de près de 75 % des émissions de CO2 liées à la consommation d’énergie, les villes sont des acteurs incontournables de la transition énergétique : dans la lutte contre le réchauffement de la planète, « les réseaux comme le C40, qui réunit les 40 plus grandes villes de la planète, sont presque aussi importants que le G20 » (G. Giraud). Néanmoins, pour mesurer les impacts environnementaux, il faut des outils susceptibles d’accompagner les élus dans la prise de décision. Ils permettent d’examiner les projets urbains en combinant des critères à la fois sociaux et écologiques. Mais leur technicité ne doit pas, au final, se substituer à la décision politique.

Des outils qui permettent d’articuler plusieurs dimensions

Bien que les villes puissent « influer sur près de 25 % des émissions » des gaz à effet de serre, pour beaucoup d’élus des collectivités locales, la mise en place à l’échelle urbaine de la transition énergétique est loin de relever de l’évidence : « La plupart [d’entre eux] n’envisagent pas comme priorité la réduction des émissions GES ». Ils revendiquent plutôt la volonté « d’offrir à leurs habitants des services publics de qualité et de lutter contre les inégalités ».

Si « les deux objectifs vont souvent de pair » (G. Giraud), dans les faits, ils sont trop souvent disjoints : ainsi, Bogotá est « une ville idéale du point de vue environnemental », mais « l’absence d’équilibre entre les dimensions sociales et environnementales » limite la qualité de vie de ses habitants. D’où l’intérêt du travail réalisé par les universitaires du groupe Sur : ils ont construit un modèle qui permet « d’apporter des informations à différentes étapes du processus de planification » en articulant « les facteurs sociaux et environnementaux » (D. Paez).

Le logiciel du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (CEREMA) sert quant à lui à « questionner des choix politiques » (S. Bourgeois) en examinant les hypothèses de développement urbain à l’aune de la thématique énergétique. Ainsi, sur le territoire du Valenciennois, l’outil développé permet d’ajouter un critère de sélection pour trancher entre deux stratégies urbanistiques : soit une politique d’extension de la ville vers les zones périurbaines, soit, à l’inverse, la densification du centre-ville.

 

L’éthique des experts

Pour être efficaces, les outils conçus par les experts doivent cependant être déployés avec méthode. Le rôle de l’expert « n’est pas de proposer des politiques » (D. Paez) mais d’apporter « une aide à la décision » (S. Bourgeois). Cela nécessite parfois de faire preuve de patience. À Bogota, « les relations entre le maire et le conseil [étant] très mauvaises », l’outil développé par le groupe Sur a mis quatre ans à être accepté. Il aurait été inutile de vouloir passer en force : « il faut avant tout respecter le processus politique », sans quoi « il n’y aura aucun résultat » (D. Paez).

Autre facteur essentiel pour la bonne appropriation d’un outil par les collectivités locales : son accessibilité. Dans la mesure où « les échecs s’expliquent souvent par le fait que les politiques ne croient pas en [un] outil », le groupe Sur a « décidé d’opter pour la simplicité : des entrées faciles, des processus simples qui donnent des résultats complets » (Daniel Paez). La souplesse de l’outil est également une force : « il importe de savoir comment [le] calibrer pour chaque territoire » (O. Daza).

Aux experts de capitaliser ensuite sur les expériences en échangeant sur les outils : « Parfois, des outils utilisés à Bogotá peuvent se révéler tout à fait intéressants dans un territoire aux caractéristiques différentes » (S. Bourgeois).

 

Le rôle des élus : assumer les décisions prises

De leur côté, les élus doivent s’appuyer sur les outils pour « trouver la force de prendre des décisions » (O. Daza) dont la portée ne sera visible qu’à long terme. Ainsi « à Melun, en Seine-et-Marne, […] l’extension de zones que la commune voulait urbaniser a été revue à la baisse parce qu’elle a pris conscience des émissions que cela engendrait » (S. Bourgeois). Même s’il serait parfois « plus confortable » de laisser les experts « arriver avec une solution unique à tous les problèmes », cela constituerait « une démission du politique » là où il faut précisément faire preuve de courage. Le caractère provisoire du mandat électoral n’est pas un argument suffisant : « sur les questions fondamentales, les citoyens que nous sommes sont capables d’avoir la même idée tous les cinq ans » (G. Giraud).

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD

Publié le 26 février 2016

 

http://ideas4development.org/villes-mesurer-limpact-climat-de-leurs-politiques-pour-les-rendre-plus-efficaces-synthese/