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Irma et Maria

Irma et Maria : « La réduction des émissions de gaz à effet de serre, seule...

 

 

Irma et Maria : « La réduction des émissions de gaz à effet de serre, 

seule véritable réponse aux catastrophes naturelles »

 

Une étude montrait dès 2015 que Saint-Martin et la Guadeloupe figurent parmi les territoires les plus exposés aux conséquences du réchauffement climatique. La réduction de la consommation d’énergies fossiles est la seule prévention efficace, selon les économistes Gaël Giraud et Françoise Rivière, dans une tribune au « Monde ».

LE MONDE ECONOMIE | 26.09.2017 à 16h46 • Mis à jour le 26.09.2017 à 18h25 | Par Gaël Giraud et Françoise Rivière (Economistes à l’Agence française de développement)

 

 

Tribune.

Les ravages causés par les ouragans Irma et Maria illustrent de manière tragique l’exposition croissante des petits territoires insulaires aux catastrophes naturelles, et notamment aux événements cycloniques.

Dans une étude publiée en 2015, menée par la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (Ferdi) et l’Agence française de développement (AFD), Saint-Martin et la Guadeloupe apparaissaient déjà parmi les territoires les plus exposés aux conséquences physiques du dérèglement climatique (Spécialisation touristique et vulnérabilités. Réalités et enjeux pour le développement soutenable des petits territoires insulaires, sous la direction de Jean-François Hoarau, L’Harmattan, 2016).

« L’indicateur de vulnérabilité physique », élaboré à cette occasion, tient compte notamment des risques de submersion liés à l’élévation du niveau de la mer (en mesurant la part du territoire sous 1 mètre d’altitude) et de l’évolution des chocs de températures et de précipitations. Tandis que les autres départements et collectivités d’outre-mer sont heureusement situés peu ou prou au niveau de la métropole (avec une valeur de l’indice de 34), les deux îles récemment ravagées culminent au-dessus de 50, devant les Açores (48), Cuba et Haïti (45) et sont devancées par la seule Kiribati (58). Inversement, La Réunion et Wallis-et-Futuna appartiennent aux terres insulaires les moins exposées (25 et 28, respectivement).

Avec le réchauffement climatique, la situation promet de se dégrader dans les années à venir. Les simulations que nous obtenons à l’AFD au moyen du modèle macroéconomique Gemmes suggèrent qu’il sera vraisemblablement trop tard d’ici quelques années pour tenir l’engagement pris lors de l’accord de Paris de maintenir l’augmentation moyenne de température à la surface du globe en dessous de 2 0C. Sur le front de l’élévation du niveau de la mer, les nouvelles ne sont pas meilleures : les dernières estimations font état d’une augmentation vraisemblable de 2 mètres à la fin du siècle. Une bonne partie des petits Etats insulaires sera sous l’eau, tout comme New York.

Fermer toutes les centrales à charbon

La question de savoir si Irma a été causée par le réchauffement est hors sujet : s’il est très difficile d’isoler les multiples causes d’un événement climatique singulier, il ne fait plus de doute que le réchauffement de l’océan superficiel dans le golfe de Guinée au-delà du seuil de 26 0C induit l’accélération et l’intensification des phénomènes cycloniques qui frappent le pourtour américain de l’Atlantique.

Or, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) considère comme quasiment certain qu’un tel réchauffement devrait se prolonger à l’avenir. Et l’augmentation observée depuis 1970 de l’activité des cyclones tropicaux intenses dans l’Atlantique nord va évidemment de pair avec des dégâts de plus en plus sévères infligés aux populations comme aux actifs économiques.

Certes, les initiatives en vue de réduire les risques de catastrophes sont de plus en plus nombreuses, tant de la part des pouvoirs publics que des bailleurs de fonds. Elles se situent aux différents niveaux de la prévention des risques (politiques d’aménagement du territoire, financement d’infrastructures…), de la préparation à une gestion de crise efficace (systèmes de surveillance et d’alerte précoce, renforcement des capacités de réaction, mise en place de mécanismes assurantiels, déploiement de forces de sécurité) et plus largement du développement d’une culture du risque (sensibilisation des publics, promotion des bonnes pratiques…).

Mais la seule véritable réponse aux catastrophes qui viennent de frapper les Caraïbes – comme aux inondations qui ont détruit un tiers du Bangladesh, une partie du Népal et du nord-est de l’Inde –, c’est la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Cela passe entre autres par la fermeture de toutes les centrales à charbon, la fin de toute forme de subvention aux énergies fossiles et l’adoption de taxes carbone volontaires dans le cadre, par exemple, du « corridor carbone » promu par le rapport Stern-Stiglitz de mai 2017. Quel sens ont les secours apportés à nos compatriotes guadeloupéens si, dans le même temps, nous continuons de subventionner les énergies fossiles et produisons encore de l’électricité avec des centrales à charbon sur le territoire national ?

L’irresponsabilité des plus fortunés

En outre, les « contributions nationales » remises par les pays membres des Nations unies à l’occasion de la COP21, qui décrivent le scénario de décarbonation jusqu’en 2030 de chaque pays, sont insuffisantes : à supposer que tous les pays tiennent parole, le prolongement des tendances issues de ces contributions nous projette vers une augmentation de température très probablement située entre 3 0C et 3,5 0C à la fin du siècle. Il est donc impératif que la communauté internationale incite chaque pays à adopter des objectifs plus contraignants que ceux de 2015.

La COP23, qui se réunira en novembre à Bonn, sera présidée par les îles Fidji. Tout comme les Caraïbes, ces petites îles ont tout intérêt à inciter lepollueurs à assumer leur responsabilité, car leur survie en dépend !

Ce travail de conviction doit viser en tout premier lieu les populations les plus favorisées des pays anciennement industrialisés et des grands pays émergents. En Inde, par exemple, alors qu’un tiers de la population n’a toujours pas accès à l’électricité, les deux premiers déciles des ménages électrifiés les plus pauvres sont responsables de moins de 10 % des émissions, tandis que les 20 % les plus riches en représentent près de la moitié.

A l’échelle mondiale, 10 % des humains sont responsables de la moitié des émissions actuelles issues de la consommation, tandis que la moitié de la population mondiale ne provoque que 10 % des émissions. La détresse des Français qui, privés de tout, tentent de survivre en ce moment même en Guadeloupe a une origine fondamentale : l’irresponsabilité des plus fortunés, chez nous et dans le reste du monde.

  

 

http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/09/26/irma-et-maria-la-reduction-des-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre-seule-veritable-reponse-aux-catastrophes-naturelles_5191780_3232.html