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Passions Littéraires

Passions Littéraires...

 

Le Poète chante la vie, l'amour, la mort... Il célèbre les rencontres, les ruptures des attentes, il parle de l'oubli, des souvenirs, il dit avec des mots le désir, la douleur, le chagrin mais aussi les joies. Le poète est un écorché vif qui nous fait découvrir à fleur de peau le fond de son être.

MP-2014

Pablo Neruda: La chanson désespérée

La chanson désespérée 

 

Ton souvenir surgit de la nuit où je suis.

La rivière à la mer noue sa plainte obstinée.

 

Abandonné comme les quais dans le matin.

C'est l'heure de partir, ô toi l'abandonné!

 

Des corolles tombant, pluie froide sur mon coeur.

Ô sentine de décombres, grotte féroce au naufragé!

 

En toi se sont accumulés avec les guerres les envols.

Les oiseaux de mon chant de toi prirent essor.

 

Tu as tout englouti, comme fait le lointain.

Comme la mer, comme le temps. Et tout en toi fut un naufrage!

 

De l'assaut, du baiser c'était l'heure joyeuse.

lueur de la stupeur qui brûlait comme un phare.

 

Anxiété de pilote et furie de plongeur aveugle,

trouble ivresse d'amour, tout en toi fut naufrage!

 

Mon âme ailée, blessée, dans l'enfance de brume.

Explorateur perdu, tout en toi fut naufrage!

 

Tu enlaças la douleur, tu t'accrochas au désir.

La tristesse te renversa et tout en toi fut un naufrage!

 

Mais j'ai fait reculer la muraille de l'ombre,

j'ai marché au-delà du désir et de l'acte.

 

Ô ma chair, chair de la femme aimée, de la femme perdue,

je t'évoque et je fais de toi un chant à l'heure humide.

 

Tu reçus l'infinie tendresse comme un vase,

et l'oubli infini te brisa comme un vase.

 

Dans la noire, la noire solitude des îles,

c'est là, femme d'amour, que tes bras m'accueillirent.

 

C'était la soif, la faim, et toi tu fus le fruit.

C'était le deuil, les ruines et tu fus le miracle.

 

Femme, femme, comment as-tu pu m'enfermer

dans la croix de tes bras, la terre de ton âme.

 

Mon désir de toi fut le plus terrible et le plus court,

le plus désordonné, ivre, tendu, avide.

 

Cimetière de baisers, dans tes tombes survit le feu,

et becquetée d'oiseaux la grappe brûle encore.

 

Ô la bouche mordue, ô les membres baisés,

ô les dents affamées, ô les corps enlacés.

 

Furieux accouplement de l'espoir et l'effort

qui nous noua tous deux et nous désespéra.

 

La tendresse, son eau, sa farine légère.

Et le mot commencé à peine sur les lèvres.

 

Ce fut là le destin où allait mon désir,

où mon désir tomba, tout en toi fut naufrage!

 

Ô sentine de décombres, tout est retombé sur toi,

toute la douleur tu l'as dite et toute la douleur t'étouffe.

 

De tombe en tombe encore tu brûlas et chantas.

Debout comme un marin à la proue d'un navire.

 

Et tu as fleuri dans des chants, tu t'es brisé dans des courants.

Ô sentine de décombres, puits ouvert de l'amertume.

 

Plongeur aveugle et pâle, infortuné frondeur,

explorateur perdu, tout en toi fut naufrage!

 

C'est l'heure de partir, c'est l'heure dure et froide

que la nuit toujours fixe à la suite des heures.

 

La mer fait aux rochers sa ceinture de bruit.

Froide l'étoile monte et noir l'oiseau émigre.

 

Abandonné comme les quais dans le matin.

Et seule dans mes mains se tord l'ombre tremblante.

 

Oui, bien plus loin que tout. Combien plus loin que tout.

 

C'est l'heure de partir. Ô toi l'abandonné. 

Pablo Neruda

Pablo Neruda: La Canción desesperada...

La canción desesperada 

Esta obra fue escrita por Pablo Neruda 
Publicada originalmente en Santiago de Chile 
por Editorial Nascimento © 1924
Pablo Neruda y Herederos de Pablo Neruda 

Emerge tu recuerdo de la noche en que estoy. 

El río anuda al mar su lamento obstinado.

 

Abandonado como los muelles en el alba. 

Es la hora de partir, oh abandonado! 

 

Sobre mi corazón llueven frías corolas. 

Oh sentina de escombros, feroz cueva de náufragos! 

 

En ti se acumularon las guerras y los vuelos. 

De ti alzaron las alas los pájaros del canto. 

 

Todo te lo tragaste, como la lejanía. 

Como el mar, como el tiempo. Todo en ti fue naufragio! 

 

Era la alegre hora del asalto y el beso. 

La hora del estupor que ardía como un faro. 

 

Ansiedad de piloto, furia de buzo ciego, 

turbia embriaguez de amor, todo en ti fue naufragio! 

 

En la infancia de niebla mi alma alada y herida. 

Descubridor perdido, todo en ti fue naufragio! 

 

Te ceñiste al dolor, te agarraste al deseo. 

Te tumbó la tristeza, todo en ti fue naufragio! 

 

Hice retroceder la muralla de sombra, 

anduve más allá del deseo y del acto. 

 

Oh carne, carne mía, mujer que amé y perdí, 

a ti en esta hora húmeda, evoco y hago canto.

 

Como un vaso albergaste la infinita ternura, 

y el infinito olvido te trizó como a un vaso. 

 

Era la negra, negra soledad de las islas, 

y allí, mujer de amor, me acogieron tus brazos. 

 

Era la sed y el hambre, y tú fuiste la fruta. 

Era el duelo y las ruinas, y tú fuiste el milagro. 

 

Ah mujer, no sé cómo pudiste contenerme 

en la tierra de tu alma, y en la cruz de tus brazos! 

 

Mi deseo de ti fue el más terrible y corto, 

el más revuelto y ebrio, el más tirante y ávido.

 

Cementerio de besos, aún hay fuego en tus tumbas, 

aún los racimos arden picoteados de pájaros. 

 

Oh la boca mordida, oh los besados miembros, 

oh los hambrientos dientes, oh los cuerpos trenzados. 

 

Oh la cópula loca de esperanza y esfuerzo 

en que nos anudamos y nos desesperamos. 

 

Y la ternura, leve como el agua y la harina. 

Y la palabra apenas comenzada en los labios. 

 

Ese fue mi destino y en él viajó mi anhelo, 

y en él cayó mi anhelo, todo en ti fue naufragio! 

 

Oh, sentina de escombros, en ti todo caía, 

qué dolor no exprimiste, qué olas no te ahogaron! 

 

De tumbo en tumbo aún llameaste y cantaste. 

De pie como un marino en la proa de un barco. 

 

Aún floreciste en cantos, aún rompiste en corrientes. 

Oh sentina de escombros, pozo abierto y amargo. 

 

Pálido buzo ciego, desventurado hondero, 

descubridor perdido, todo en ti fue naufragio! 

 

Es la hora de partir, la dura y fría hora 

que la noche sujeta a todo horario. 

 

El cinturón ruidoso del mar ciñe la costa. 

Surgen frías estrellas, emigran negros pájaros. 

 

Abandonado como los muelles en el alba. 

Sólo la sombra trémula se retuerce en mis manos. 

 

Ah más allá de todo. Ah más allá de todo. 

 

Es la hora de partir. Oh abandonado! 

 

 

Pablo Neruda: Poème 20 - (traduit de l'espagnol)

Poème 20

Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit.

 

Écrire, par exemple: "La nuit est étoilée

et les astres d'azur tremblent dans le lointain."

 

Le vent de la nuit tourne dans le ciel et chante. 

 

Je puis écrire les vers les plus tristes cette nuit.

Je l'aimais, et parfois elle aussi elle m'aima.

 

Les nuits comme cette nuit, je l'avais entre mes bras.

Je l'embrassai tant de fois sous le ciel, ciel infini.

 

Elle m'aima, et parfois moi aussi je l'ai aimée.

Comment n'aimerait-on pas ses grands yeux fixes.

 

Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit.

Penser que je ne l'ai pas. Regretter l'avoir perdue.

 

Entendre la nuit immense, et plus immense sans elle.

Et le vers tombe dans l'âme comme la rosée dans l'herbe.

 

Qu'importe que mon amour n'ait pas pu la retenir.

La nuit est pleine d'étoiles, elle n'est pas avec moi.

 

Voilà tout. Au loin on chante. C'est au loin.

Et mon âme est mécontente parce que je l'ai perdue.

 

Comme pour la rapprocher, c'est mon regard qui la cherche.

Et mon coeur aussi la cherche, elle n'est pas avec moi.

 

Et c'est bien la même nuit qui blanchit les mêmes arbres.

Mais nous autres, ceux d'alors, nous ne sommes plus les mêmes.

 

je ne l'aime plus, c'est vrai. Pourtant, combien je l'aimais.

Ma voix appelait le vent pour aller à son oreille.

 

A un autre. A un autre elle sera. Ainsi qu'avant mes baisers.

Avec sa voix, son corps clair. Avec ses yeux infinis.

 

je ne l'aime plus, c'est vrai, pourtant, peut-être je l'aime.

Il est si bref l'amour et l'oubli est si long.

 

C'était en des nuits pareilles, je l'avais entre mes bras

et mon âme est mécontente parce que je l'ai perdue.

 

Même si cette douleur est la dernière par elle

et même si ce poème est les derniers vers pour elle.

 

(traduit par André Bonhomme et Jean Marcenac)

Pablo Neruda: FAREWELL - Adieu

Farewell (Adieu)

1

AU FOND DE TOI, À GENOU

UN ENFANT TRISTE, COMME MOI, NOUS REGARDE.

PAR CETTE VIE QUI BRÛLERA DANS SES VEINES

AURAIENT DU SE LIER NOS VIES

PAR CES MAINS, FILLES DE TES MAINS,

AURAIENT DU TUER MES MAINS

PAR CES YEUX OUVERTS SUR LA TERRE,

JE VERRAIS DANS LES TIENS LES LARMES UN JOUR.

2

AMOUR JE NE LE VEUX PAS

POUR QUE RIEN NE NOUS ATTACHE,

POUR QUE RIEN NE NOUS RÉUNISSE.

NI LA PAROLE QUI PARFUMA TA BOUCHE,

NI CE QUE LES PAROLES N’ONT PAS DIT.

NI LA FÊTE D’AMOUR QUE NOUS N’AVONS PAS EU,

NI TES SANGLOTS DEVANT LA FENÊTRE.

3

J’AIME L’AMOUR DES MARINS

QUI EMBRASSENT ET S’EN VONT.

ILS LAISSENT UNE PROMESSE,

ET NE REVIENNENT PLUS JAMAIS.

DANS CHAQUE PORT UNE FEMME ATTEND :

LES MARINS EMBRASSENT ET S’EN VONT.

UNE NUIT ILS COUCHENT AVEC LA MORT

DANS LE LIT DE LA MER.

4

J’AIME L’AMOUR QUI SE PARTAGE

EN BAISERS, LIT ET PAIN.

AMOUR QUI PEUT ÊTRE ÉTERNEL

ET QUI PEUT ÊTRE ÉPHÉMÈRE.

AMOUR QUI VOUDRAIT SE LIBÉRER

POUR À NOUVEAU AIMER

AMOUR DIVINISÉ QUI S’APPROCHE

AMOUR DIVINISÉ QUI S’EN VA.)

5

PLUS JAMAIS NE S’ENCHANTERONT MES YEUX DANS TES YEUX.

PLUS JAMAIS NE S’ADOUCIRA AUPRÈS DE TOI MA DOULEUR.

MAIS OÙ QUE J’IRAI J’EMMÈNERAI TON REGARD

ET PARTOUT OÙ TU CHEMINERAS TU EMMÈNERAS MA DOULEUR.

JE FUS TIEN, TU FUS MIENNES. TU SERAS DE CELUI QUI T’AIME,

DE CELUI QUI COUPE DANS TON VERGER CE QUE J’AI SEMÉ.

JE M’EN VAIS. JE SUIS TRISTE : MAIS JE SUIS TOUJOURS TRISTE.

JE VIENS DE TES BRAS. JE NE SAIS PAS OÙ JE VAIS.

… DEPUIS TON CŒUR UN ENFANT ME DIT ADIEU.

ET JE LUI DIS ADIEU.