RESOLUTION SUR LA SITUATION DES PEUPLES AUTOCHTONES EN AFRIQUE
Forum sur la participation des ONGs aux travaux de la 36ième Session Ordinaire de la Commission Africaine des droits de l’homme et des peuples organisé par le Centre Africain pour la Démocratie et les Etudes des Droits de l’Homme
Dakar, du 20-22 Novembre 2004
Conscient de l’importance de reconnaître et de protéger les droits des populations/communautés autochtones et minorités, tels que reconnus par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples,
Reconnaissant les normes de droit international pour la promotion et la protection des droits des populations/communautés autochtones et les minorités, telles que garantis dans la Déclaration des Nations Unies sur les droits des personnes appartenant aux minorités nationales ou ethniques, religieuses et linguistiques, la Convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail sur les peuples autochtones et tribaux dans les pays indépendants, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, la Convention sur les droits de l’Enfant, la Convention pour l’élimination de toutes formes de discrimination raciale, et la Convention sur la Diversité Biologique ;
Considérant les avancées des Nations Unies sur la question, notamment la création du Groupe de travail sur les populations autochtones, la nomination d’un Rapporteur Spécial sur la situation des droits de l’homme et libertés fondamentales des peuples autochtones, la création de l’Instance Permanente sur les questions autochtones, la proclamation d’une Décennie des peuples autochtones en 1994, et les travaux en cours en vue d’une Déclaration sur les droits des peuples autochtones ;
Reconnaissant l’engagement pris par la Commission africaine à travers sa résolution portant adoption du rapport du Groupe de travail sur la situation des droits des populations/communautés autochtones, lors de sa 34ième session ordinaire tenue Banjul en novembre 2003 ;
Conscient de la nécessité par les Etats africains et la Commission africaine en particulier de prendre des mesures conséquentes portant mise en application du Rapport du Groupe de travail de la Commission africaine sur la situation des droits des populations/communautés autochtones ;
Exhorte la Commission africaine
a) De veiller à une large diffusion du rapport du Groupe de travail de la Commission africaine sur les droits des populations/communautés autochtones, le rendre accessible aux communautés concernées, et le mettre à la disposition des ONG des droits de la personne et de développement, des décideurs, ainsi qu’à d’autres acteurs intéressés ; à apporter tout le soutien possible au Groupe de travail d’experts sur les droits des populations/communautés autochtones en Afrique en vue de lui permettre de remplir pleinement et efficacement son mandat ;
b) De créer un Fonds Spécial pour les populations/communautés autochtones d’Afrique devant contribuer aux coûts relatifs à la réalisation du mandat du Groupe de travail d’experts et à l’avancement des actions des ONG autochtones d’Afrique ;
c) De mobiliser l’expertise d’organisations régionales des droits humains et de certaines agences spécialisées des Nations Unies notamment l’UNESCO, le BIT, UNICEF, OMS, et l’Organisation Mondiale pour la Protection de la Propriété Intellectuelle en vue d’une mise en place des programmes pro-actifs de promotion des droits et de l’identité culturelle des populations/communautés autochtones ;
d) Adopter un protocole sur les droits des populations/communautés autochtones d’Afrique ;
e) Différencier la question des autochtones avec celle des minorités à l’instar d’autres organisations et systèmes des droits humains notamment les Nations Unies et l’Organisation inter-américaine ;
A la Commission africaine de :
f) Demander aux Etats africains sur les territoires desquels vivent des populations/communautés autochtones de prendre des mesures législatives ou réglementaires portant protection de l’identité culturelle autochtone de certaines sections de leurs populations qui s’identifient comme tel ;
g) Demander aux Etats de prendre des mesures correctives à l’encontre d’expropriations et spoliations des terres ancestrales dont ont été victimes plusieurs populations/communautés autochtones d’Afrique notamment les Maasai, les Hadzabe, les ‘Pygmées’, les Touareg, les San, les Ogiek, les Barabaig et les Mbororos,
h) Recommander aux Etats africains à prendre des mesures conséquentes en reconnaissance de l’extrême pauvreté qui affecte la quasi-totalité des populations/communautés autochtones d’Afrique ; faire en sorte que les politiques nationales de développement et de réduction de la pauvreté paie une attention à leur situation ;
i) Reconnaître le taux particulièrement élevé d’analphabétisme des personnes autochtones et prendre des mesures nécessaires de discrimination positive en vue d’une éducation adapté à leurs modes de vie.
j) Demander aux Etats de tenir compte de l’impact de la lutte contre le terrorisme et des politiques sécuritaires sur certaines communautés autochtones ressortissantes de certains pays, notamment l’Algérie, le Burkina Faso, le Tchad, la Mauritanie, le Mali, et le Niger.
k) Demander aux Etats de prendre des mesures efficaces pour endiguer les violences contre la femme et l’enfant autochtones et plus particulièrement pendant des conflits armés.
Yennayer 2955
Le 12 janvier 2005, la Nation amazighe célèbre son Jour de l’An, Yennayer 2955. A cette occasion le Congrès Mondial Amazigh (CMA) présente à tous les Amazighs mais aussi aux autres peuples du monde, ses vœux les plus sincères pour un avenir plus favorable à la liberté,
à la justice, à la paix, à l’amitié et à la générosité.
A l’aube de cette nouvelle année, le constat reste amer : Plus que jamais les Amazighs sont dominés sur leurs terres ancestrales, niés, tués, discriminés, spoliés, menacés, terrorisés, opprimés, emprisonnés, exilés par des régimes politiques féodaux et dictatoriaux au nom d’une idéologie arabo-islamiste obscurantiste et d’intérêts insatiables. Les Amazighs ont donc devant eux, d’immenses défis à relever pour imposer simplement le respect de leur existence en tant que langue et culture et en tant que peuple.
Parce que les Amazighs ont toujours été à l’avant-garde des luttes pour l’émancipation politique, économique, sociale et culturelle, parce que leurs idéaux démocratiques et leurs combats pacifiques pour les droits et les libertés sont considérés par les clans politico-maffieux qui monopolisent les pouvoirs comme de très sérieuses menaces à leur mainmise sur l’Etat et la société, ils sont désignés comme les ennemis à abattre. Les politiques anti-amazighes en Afrique du Nord ne visent en définitive rien de moins que l’extermination d’un peuple par tous les moyens, au mépris des principes humains les plus élémentaires.
Face aux injustices et aux drames imposés, les consciences provoquées s’éveillent, les voix naguère étouffées forcent le silence et les citoyens Amazighs s’organisent, dans les faubourgs et les villages, de Siwa aux Canaries, pour que leur quotidien soit moins encombré de désespoir et pour qu’ils retrouvent leur dignité parmi les humains.
La violence institutionnelle multiforme, le mépris et l’impunité suscitent et continueront de susciter des révoltes populaires aux conséquences incontrôlables. Par conséquent il est temps, il est grand temps que ceux qui détiennent les pouvoirs au sein des Etats nord-africains mettent un terme aux violations graves et répétées des droits des citoyens amazighs et se mettent réellement à l’écoute de leurs légitimes attentes. Les instances internationales doivent pour leur part, exiger fermement le strict respect par les Etats, de tous les instruments juridiques internationaux en vigueur. Il est à espérer que la solidarité internationale agisse de manière plus conséquente en faveur des sans-droits, à tout moment et partout où la situation le commande.
Le peuple amazigh, comme les autres peuples de la planète, a le droit à la vie, à la paix et au progrès. Depuis les temps immémoriaux il n’a fait que défendre son existence et sa liberté face aux agressions. Des siècles après, rien ne semble avoir changé. Dans tous les pays de Tamazgha (Afrique du Nord) et toutes générations confondues, les Amazighs soumis aux violences tant physiques que symboliques et au recul de leurs droits et de leurs espaces de liberté, stigmatisent l’« indépendance inachevée » et la « nouvelle colonisation ». C’est une réalité suffisamment grave pour que chacun, quel que soit son niveau de responsabilité, s’en préoccupe sérieusement, objectivement et rapidement.