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  Comment ne pas évoquer le jour de ma « rencontre » avec Julien Green. C’était un jour de l’été 1989. Dire que je l’ai trouvé sur l’étagère d’une bibliothèque d’arrondissement à Paris peut paraitre trivial et commun. Mais, c’est dans un tel lieu ou dans une librairie que la plupart de gens rencontrent « leur écrivain », celui ou celle qui sait dire les choses avec de mots profonds qui touchent le mystère de l’être. 

En le rencontrant, j’ai trouvé que les choses bizarres de la vie pouvaient avoir une explication. Il m’est venu à l’esprit que la vie est une histoire qui se répète et se manifeste incontestablement sous des formes et temps différents, comme une spirale qui ne s’achève pas. 

C’est en scrutant les livres exposés sur les étagères qu’un titre retint mon attention. « Varouna », cela n’était ni du français, ni de l’espagnol, ni de l’anglais. En couverture, la « Dame en mauve » de Feininger n’a suscité aucun émoi dans mon esprit, j’étais intriguée par le titre… « Varouna », cela sonne comme l’immensité éthérée du destin… Sur la première page il était écrit : « Varouna, c’est le ciel nocturne, le Dieu qui regarde par les milliers d’yeux de ses étoiles les hommes suivre leur destinée et poursuivre leurs rêves. » 


1989,…Je me souviens… 


Mais revenons à cet été de 1989, année du bicentenaire de la Révolution Française. 

Le Président d’alors, M. François Mitterrand, avait souhaité fêter cet anniversaire avec pompe et dignité. Deux siècles de Révolution, cela se fête ! Jessie Norman qui chante la Marseillaise, l’opéra de la Bastille inaugurée le 13 juillet et qui accueille des centaines de défenseurs des droits de l’Homme venus de part le monde pour assister à un colloque international sur les Droits de l’Homme. 1989 ce fut l’année des Droits de l’Homme, l’année où la lutte pour la liberté et la résistance aux régimes d’exception et aux dictatures trouva son corollaire dans la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide. C’est aussi l’année où de nouvelles formes d’intolérance et d’atteinte à la liberté d’expression font leur apparition. L’affaire Salman Rushdie en est l’exemple.

Le massacre de Tien Anem et la chute du Mur de Berlin sont l’aboutissement d’un long processus dont le commencement peut être daté du 31 mai 1980 en Pologne avec la fondation de Solidarnosc, premier syndicat indépendant dans un pays du bloc de l’Est. En effet, Solidarnosc est bien l’expression d’un syndicalisme non affilié au parti officiel. En quelque sorte c’est la fin d’une expérience « révolutionnaire » qui voulait instaurer la « dictature du prolétariat » 

En 1989, l’incohérence d’une certaine façon de lutter contre les injustices est de plus en plus évidente. Lutter contre les dictatures en optant pour l’implantation d’une autre dictature semble pour ainsi dire aberrant. Plus qu’à une autre époque, ces contradictions n’échappent pas à l’opinion publique. 

La Révolution française fête ses deux cents ans de vie, son universalisme ne s’étiole pas. Comme un bateau, en gardant le cap, ses principes traversent les siècles, à chaque port, dans chaque continent la devise « Liberté Égalité Fraternité » prend ancrage dans la volonté des individus prêts à écrire avec leur sang s’il le faut, les pages d’histoire d’un avenir plus « humain » Des femmes et des hommes partout dans le monde témoignent, au prix de leur vie, de leur attachement à la liberté, à la justice dont le principe d’égalité en est l’essence et à la solidarité qui est à la base de la fraternité. Et tout cela se fait dans un élan de mieux vivre, sans gaspillage et en cherchant l’équilibre dont la planète de nos jours semble manquer. 


A chaque siècle son mal, à chaque siècle son espoir. 


1989, marque la fin politique du XXème siècle, c’est le commencement du troisième millénaire. 

Ce millénaire hérite de l’histoire des Hommes, de ce qu’ils-elles ont fait, des idées les plus nobles, de la soif éternelle de Liberté et de toutes les choses qui ont un sens dans la vie. 

Mais il hérite aussi d’un mal et le mal du XXIème siècle c’est bien le réchauffement climatique dont les conséquences risquent de fragiliser davantage notre planète. La fonte des glaciers, la sécheresse, les tsunamis et d’autres catastrophes sont à l’origine du déplacement des populations qui ne fuient pas seulement les conséquences du changement climatique mais aussi les conflits armées locaux. Il ne faut pas omettre de dire que ces guerres sont aussi menées pour le contrôle des « matières premières », des minéraux précieux, des sources d’énergie non renouvelables… De toute évidence la planète Terre a quelques questions à résoudre. 

Ce n’est pas la première fois que le monde vit des moments difficiles, mais c’est bien la première fois que le besoin d’une prise de conscience mondiale est nécessaire. Pour faire face au meilleur et au pire, il faut du courage et de l’espoir. Dans l’hémisphère nord dans les années 60-70, des femmes et des
hommes, conscients que la production et la consommation à outrance ne présageaient rien de bon pour l’avenir des uns et des autres, se sont organisés autour des idées qui aujourd’hui sont les fondements de l’écologie politique. Ils ont manifesté leur soutien aux peuples premiers qui, pour la plupart, peuplent l’Hémisphère sud. Ils ont dénoncé le colonialisme sous sa forme la plus perverse, le colonialisme interne propre aux anciennes colonies : leurs gouvernements mènent des politiques de destruction à l’égard des peuples autochtones dont le mode de vie ne repose pas sur l’exploitation démesurée de la nature. Par ailleurs, l’implantation des multinationales cause des dégâts environnementaux, humains et sociaux souvent irréversibles. Le mode de vie de ces populations et l’équilibre de la nature sont gravement compromis.

Une nouvelle donne, un nouveau paradigme, nous incitent à plus de responsabilité et de solidarité. On parle de la décroissance du toujours plus et de la croissance de la responsabilité, de la solidarité, de la démocratie, de la liberté, pour tous dans le monde. On parle du savoir, vivre mieux avec un peu moins. Il ne s’agit pas de retourner à l’époque des cavernes mais de faire face au futur. Et si nous voulons offrir un avenir au futur nous devons emprunter le chemin de la sobriété. Fini le temps du gaspillage ! 


1989 les idées vertes porteuses d’espoir s’enracinent de façon significative dans la vie politique française. 


En juillet 1989, on fêtait les deux cents ans de la Révolution Française. Vingt ans après, j’ai le sentiment que cette Révolution, qui ne s’est pas arrêtée, continue à évoluer. La prise de conscience écologique s’enracine dans le quotidien des citoyens et citoyennes. 

Les Verts porteurs de réponses claires et concrètes pour nous sortir de l’impasse du réchauffement climatique ont fait leur chemin. Lors des élections européennes de 1989, ils on obtenu 10,90% des voix et 9 députés

Vingt ans après, en juin 2009 la liste Europe Écologie obtient plus de 16% des voix et 14 députés. Les Verts et Europe Écologie deviennent la troisième force politique en France. « Désormais, « Liberté, Egalité, Fraternité » s’écrit à l’encre verte. 

En vingt ans, quelque chose a profondément changé et comme tout changement il n’est pas aisément palpable par les acteurs eux-mêmes. On a le sentiment que l’histoire s’accélère, qu’elle marche tellement vite que la prise de conscience de ses changements nous échappe. En vingt ans, les moyens de communication ont eu une évolution foudroyante. De nos jours, grâce à Internet, on peut communiquer et passer des informations en temps réel qu’on soit en France en Amérique, en Australie ou en Chine. Nous n’avons jamais été aussi proches les uns des autres mais aussi si éloignés. L’éloignement se creuse entre pays pauvres et pays riches. Alors réduire cet écart devient une nécessité, une urgence. Nous prenons conscience que la Terre, notre planète, est unique, que l’urgence écologique ne peut pas être ignorée. 

Je garde en mémoire des évènements qui confirment que le besoin de liberté ne s’émousse pas et ne connait pas de frontières. Vingt ans après, je suis consciente d’avoir vécu une année marquée par des évènements uniques ; le bicentenaire de la Révolution Française, la chute du mur de Berlin, l’adoption de la déclaration des droits de l’enfant et les, Verts français qui pour la première fois sont représentés au Parlement Européen… Mais je n’oublie pas aussi le massacre de Tien Anem et la fatwa à l’encontre de l’écrivain Salman Rushdie. Malgré cela, 1989, est dans l’histoire l’année de toutes les libertés. 

Cette année là mon sentiment de femme engagée contre toute forme d’injustice s’est encore renforcé. Je n’étais plus l’exilée, j’étais citoyenne. Je me suis retrouvée. Fini le sentiment d’étrangeté, de quête d’absolu. 

Je me dis que la logique du monde ce n’est pas forcement le monde logique. Une vie se vit dans plusieurs vies, il y a un avant, un après sans quoi le présent n’aurait pas de sens. 

Il y a un peu de hasard, de fatalité et de chance dans l’existence de chacun d’entre nous. 

Faisons en sorte d’assurer un avenir de paix, de liberté, d’égalité, de solidarité et de dignité au futur de notre planète. Elle est belle. Elle le mérite parce qu’il y a du bon dans la richesse de la diversité des femmes et des hommes qui la peuplent.

 
                                                                     Maria Portugal 

                                                       29 septembre 2009