Maria Portugal-World View www.mariaportugal.net
Home » Développement Durable » Mois de la Création » Le Label Eglise verte

Le Label Eglise verte

Le label église verte, pour une démarche de conversion écologique...

Le label église verte, pour une démarche de conversion écologique... - Maria Portugal-World View

Le label église verte, pour une démarche de conversion écologique 

 

Par MP 

Le 16 septembre 2017 est une date à marquer d’une pierre blanche. La Conférence des évêques de France, la Fédération protestante de France, l’Assemblée des évêques orthodoxes de France et le Conseil d’Églises chrétiennes en France ont annoncé le lancement du « Label Église verte » dans le cadre d’une journée nationale « Église verte » organisée au temple de l’Eglise Protestante Unie de Pentemont-Luxembourg en la présence de près de 200 personnes. Diverses associations ont contribué au lancement de cet outil : le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD-Terre solidaire), le Secours Catholique, le Centre de recherche et d’actions sociales (CERAS), association de jésuites et de laïcs, qui a pour mission d’accompagner les associations engagées dans le champ social en s’inspirant de la doctrine sociale de l’Église. La mise en œuvre du label est confiée à A Rocha, association chrétienne de conservation de la nature, et à la structure A.V.E.C (accompagnement vers une éco-responsabilité chrétienne), qui propose une pédagogie de mise en œuvre des initiatives écologiques proposées dans le cadre du label.

La présentation de ce label lors de cette journée a été complétée par les témoignages des églises européennes les plus avancées (Suisse, Autriche, Royaume-Uni avec Eco Church). Les participants ont ensuite été invités à participer à des balades d’écologie concrète auprès d’églises ou de communautés religieuses parisiennes ayant mis en place des initiatives écologiques (potager solidaire, énergie, compost, ruches…). L’objectif du label est la conversion écologique des églises locales, paroisses, communautés, œuvres et mouvements chrétiens.

Cette démarche s’inscrit dans le sillage de l’encyclique « Laudato Si » publiée en 2015, qui relie foi et écologie et invite à célébrer la création et à se mobiliser pour sauvegarder la planète, « notre maison commune ». A cet égard, le label peut aider une communauté paroissiale à démarrer, évaluer, renforcer sa démarche et à la rendre visible. Il est à renouveler chaque année.

Encore un label ? Les labels, privés ou publics, se sont multipliés depuis quelques années en France. Leurs atouts sont réels. Ils ciblent essentiellement les citoyens-consommateurs en leur donnant un repère pour acheter ou investir de manière responsable, équitable ou dans le respect de l’environnement. Sur le plan économique, ils permettent également de structurer des marchés, avec éventuellement l’ambition d’orienter l’épargne vers le financement de l’économie verte. Leur succès suppose qu’ils soient bien connus du public et que ce dernier ait confiance en leur qualité. Les enjeux en termes de communication sont donc essentiels pour promouvoir les labels.

Dans ce paysage, le label église verte n’est pas un label comme les autres, dans la mesure où il cible les communautés paroissiales chrétiennes en ce qu’elles sont engagées dans une démarche d’écologie intégrale, qui est à rapprocher d’une démarche éco-citoyenne. Sa création représente une étape importante de l’engagement des églises dans la transition vers l’écologie intégrale qui est mise en avant dans l’encyclique « Laudato Si ». La mise en place de cet outil témoigne aussi de l’engagement de la communauté chrétienne en tant qu’acteur de la société civile dans la transition écologique et énergétique portée par les pouvoirs publics. Dans ce sens, le label église verte représente réellement une avancée majeure.

Sur le fond, les objectifs du label sont ambitieux, mais les informations fournies sur cet outil sur le site egliseverte.org ne sont pas satisfaisantes et gagneraient à être complétées par souci de transparence vis-vis de la communauté chrétienne, mais aussi de la communauté citoyenne. La première question essentielle qui se pose concerne la définition de l’objectif principal du label  : qu’entend-on par conversion vers l’écologie intégrale ?

Pour bénéficier du label, toute église candidate doit établir sur le site « egliseverte.org » un éco-diagnostic, qui a été testé par 10 églises pilotes à la mi-2017. L’éco-diagnostic repose sur un questionnaire à choix multiples qui couvre cinq thèmes : les célébrations et la catéchèse (place du thème de la Création), les bâtiments (suivi des consommations énergétiques, réduction de l’empreinte carbone, amélioration de l’efficacité énergétique, gestion des déchets...) les terrains éventuels de la paroisse (gestion différenciée des plantations, jardins partagés, compost...), l’engagement communautaire et global (sensibilisation à l’environnement, travail avec des associations locales de protection de l’environnement, participation à des campagnes chrétiennes pour le développement durable) et les styles de vie des individus (encouragement de la marche, du vélo, de la réduction des consommations énergétiques, de l’investissement éthique, bilan carbone...) En fonction du score obtenu, l’éco-diagnostic permet d’établir le point de départ du chemin de conversion écologique à suivre par la communauté paroissiale candidate dans une logique de progression continue, avec des pistes d’actions écologiques à mettre en œuvre dans ces cinq domaines.

Mais d’autres questions se posent aussi concernant le référentiel et la mécanique du label : comment le label a t-il été élaboré ? Comment les engagements des candidats qui sont évalués dans l’éco-diagnostic ont-ils été priorisés ? Les cinq thèmes de l’éco-diagnostic pèsent-ils de la manière ? Sinon, pourquoi certains pèsent-ils plus que d’autres ? Pourquoi certaines initiatives écologiques sont-elles proposées aux candidats par l’outil plutôt que d’autres ? Comment justifier le franchissement d’un pallier dans la démarche de conversion, au-delà de la simple référence au score obtenu à l’éco-diagnostic ? Sur quels critères mesure-t-on la progression dans candidats dans la transition vers l’écologie intégrale ? Comment sont-ils pondérés ?

Enfin, peu d’informations sont disponibles sur la gouvernance du label. Le site internet mentionne la création d’un comité de pilotage composé des partenaires, sans préciser ses compétences, le mode de prise de décision, la fréquence des réunions. Aucune information n’est donnée sur la création d’un dispositif de communication nécessaire pour en assurer la promotion. S’agissant du modèle économique du label, il est simplement indiqué que, dans un premier temps, le label est en grande partie financé par ses partenaires et qu’il s’appuiera progressivement sur les contributions volontaires des paroisses et structures labellisées, ainsi que sur des donateurs, sans donner des éléments permettant d’apprécier si le modèle est viable.

Le dispositif du label aurait pu être soumis à la consultation préalable des communautés paroissiales dans une démarche participative et de co-construction, cela aurait permis de mobiliser davantage les chrétiens en amont de son lancement, en faisant connaître la démarche. Car, au final, le lancement du label a été un événement relativement confidentiel, qui a été peu relayé par les médias, à l’exception de la presse chrétienne et c’est bien regrettable.

Au final, le succès du label dépendra autant de l’engagement des autorités religieuses que de la mobilisation des paroisses. Il est maintenant nécessaire, que chaque paroisse soit informée de la création de cet outil a minima par les autorités religieuses. Mais il appartient également à chaque chrétien informé et engagé pour l’écologie également dans une démarche éco-citoyenne de relayer l’information auprès de sa paroisse. Delà, l’importance de la création d’un dispositif efficace de promotion du label auprès des communautés paroissiales, sur lequel il aurait été utile de communiquer lors de son lancement. Mais on ignore en fait si les créateurs du label ont envisagé un tel dispositif.

En dépit de toutes ces interrogations, on ne peut que souhaiter le succès du label église verte. Il faudra faire preuve de vigilance lors de la présentation des premiers retours d’expérience des paroisses engagées dans la démarche, à l’occasion de la semaine de l’unité en janvier prochain.