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"Les famines dans le monde....

Gaël Giraud: « Les famines dans le monde sont dues à un problème de distribution

Gaël Giraud: « Les famines dans le monde sont dues à un problème de distribution - Maria Portugal-World View

 Photo Florence Durand/ Sipa

 

 

 

Gaël Giraud : « Les famines dans le monde sont dues à un problème de distribution, non de production »

 



La famine continue de menacer des régions entières du globe. Les Nations Unies viennent de tirer la sonnette d'alarme au Niger. En 2016, plus de 100 millions de personnes étaient concernées par une crise alimentaire, soit une hausse de 35 % par rapport à 2015. Economiste en chef de l'Agence Française de Développement, Gaël Giraud juge pourtant que la planète dispose des ressources nécessaires pour nourrir les 9 milliards d'habitants qui se profilent à l'horizon 2050. Le problème relève davantage d'une distribution déficiente des produits alimentaires que de la production de nourriture.

Les ressources terrestres sont-elles suffisantes pour nourrir une population prévue de 9 milliards d'habitants d'ici 2050 ?

Sur le plan de l'empreinte écologique, nous avons dépassé les limites depuis le début des années 1980. Mais sur la seule question de notre capacité à nourrir 9 milliards d'habitants en 2050, physiquement, la planète a les ressources pour le faire. La production mondiale de céréales en 2000 aurait suffi à nourrir 8 milliards d'individus. Or les céréales ne représentent grosso modo que la moitié de la production agricole. Fondamentalement, la rareté n'est pas de ce côté-là. Les famines dans le monde sont largement dues à un problème de distribution, et non de production. C'est l'iniquité de nos modes de commercer qui tue. 

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Les Etats-Unis jugent que sans les OGM, il sera impossible de nourrir la population mondiale. Est-ce vrai ?

La démonstration d'une telle affirmation n'est pas faite, heureusement. Aujourd'hui, ce sont essentiellement les petits agriculteurs familiaux qui nourrissent la planète entière. Lesquels n'utilisent pas d'OGM. L'agriculture résiliente de demain, à mon sens, c'est bien davantage une agriculture  « knowledge intensive », qui, par son intelligence, exploite toutes les opportunités que la biosphère nous offre. Un exemple : la technique de riziculture intensive de Henri de Laulanié, qui permet d'obtenir trois récoltes par an avec un apport d'eau minimal et sans outil motorisé. C'est cela, l'avenir. 

L'alimentation de demain est-elle uniquement liée à l'amélioration de la productivité agricole comme le FMI et l'OCDE l'avancent ?

Notre productivité céréalière ne cesse de décroître à l'échelle mondiale depuis plus de trente ans. Avant de prétendre améliorer la productivité des sols par décret, il faudrait comprendre cette baisse. En outre, la question de la distribution est centrale. En Occident, nous jetons plus d'un quart de la nourriture que nous accaparons. Et encore cette mesure approximative ne tient-elle pas compte des pertes tout le long de la chaîne de valeur agricole. Les prix des matières premières agricoles sont largement financiarisés aujourd'hui. Or ces marchés de capitaux sont très imparfaits : l'allocation du capital y est tout sauf optimale. En allouant plus intelligemment les ressources et le capital, on pourrait résorber une grande partie des famines chroniques. 

L'achat de terres arables à l'étranger par certains pays n'est-il pas un germe de conflits futurs ?

L'ancien chef économiste de la Banque mondiale, l'Indien Kaushik Basu, parle de « colonisation de l'avenir ». L'accaparement des terres est l'une des manifestations de la manière dont certains, aujourd'hui, tentent de privatiser les ressources futures pour leur bénéfice. Ceci entraînera à coup sûr des tensions et peut-être de la violence. De la même manière, lorsque les Amérindiens comprirent que les blancs s'estimaient désormais les propriétaires de « leur » terre, ils n'eurent guère d'autre choix que la contestation violente. 

Le réchauffement climatique bouleverse-t-il la donne ?

L'impact du dérèglement climatique sera très inégalement réparti. Nos simulations, à l'AFD, indiquent qu'il sera bientôt trop tard pour parvenir à limiter la température moyenne à la surface du globe à une hausse inférieure à +2 °C à la fin de ce siècle. Cela veut dire au moins +3 °C pour le continent africain et, donc, très probablement, une chute des rendements agricoles. Les Occidentaux auraient tort de croire qu'ils ne seront pas directement affectés. D'ici à peine plus d'une génération, le Sahara pourrait avoir franchi la Méditerranée... En tout état de cause, ces dérèglements majeurs vont provoquer des destructions d'infrastructures et, plus largement, de capital, de grande ampleur, tout en ouvrant de nouvelles opportunités (comme l'agriculture en Sibérie ou en Alaska). A nous de savoir être inventifs pour trouver des manières de tisser des liens, ici et là-bas, qui permettent de construire un monde plus juste et plus résilient. 

Richard Hiault, Les Echos


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