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Le coronavirus, bilan provisoire d’une pandémie en France...

Le 31/03/2020

Le coronavirus, bilan provisoire d’une pandémie en France

 

Le coronavirus (covid-19), qui a émergé en Chine au quatrième trimestre 2019, a entraîné une crise sanitaire de niveau mondial. A la fin mars 2020, la moitié de l’humanité est confinée. La lutte contre cette pandémie nécessite dans l’ensemble des pays du monde des efforts intenses, qui doivent s’inscrire dans la durée. La crise sanitaire met en question la résilience de l’ensemble de nos sociétés et la solidité de nos institutions démocratiques. Au-delà de l’enjeu du bilan économique et sanitaire, qui pourrait s’avérer très lourd, la sortie de crise devra s’accompagner d’une réflexion sur le renouveau d’un Etat providence et résilient, et au-delà sur la nécessité d’un changement de paradigme pour le modèle politique et économique de nos sociétés, qui seront confrontées de plus en plus aux risques de pandémie et aux catastrophes liées au changement climatique.

 

Qu’est-ce que le coronavirus et pourquoi est-il dangereux?

Les coronavirus sont une famille de virus, qui provoquent des maladies allant d’un simple rhume (certains virus saisonniers sont des coronavirus) à des pathologies plus sévères comme le MERS-CoV ou le SRAS.

 

Le virus officiellement identifié en janvier 2020 en Chine est un nouveau coronavirus, nommé SARS-CoV-2. La maladie provoquée par ce coronavirus a été nommée COVID-19 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

 

Le coronavirus est dangereux pour trois raisons :

Il est très contagieux : chaque personne infectée va contaminer au moins 3 personnes en l'absence de mesures de protection.

Il est contagieux avant d’être symptomatique, c’est à dire qu’une personne contaminée, qui ne ressent pas de symptômes peut contaminer d’autres personnes.

Environ 15% des cas constatés entraînent des complications et 5% de ces dernières nécessitent une hospitalisation en réanimation.

 

Le virus touche toutes les classes d'âges, y compris les plus jeunes, chez qui on constate aussi des complications ou des formes graves. La médiane des personnes hospitalisées en réanimation est de 58 ans (ce qui signifie que la moitié des patients hospitalisés en réanimation ont moins de 58 ans et que l'autre moitié a plus de 58 ans).


L'infection à COVID-19 entraine des décès surtout chez les personnes âgées et les plus fragiles. 

 

D’où vient le coronavirus ?

Les premières personnes à avoir contracté le virus s’étaient rendues au marché de Wuhan dans la Province de Hubei en Chine. La maladie semblerait donc venir d’un animal (zoonose), qui serait le pangolin, mais l’origine n’a pas été confirmée.

 

 

L’OMS a qualifié, le 30 janvier, l’épidémie de coronavirus 2019-nCov, « d’urgence de santé publique de portée internationale ». Depuis le 11 mars 2020, l’OMS qualifie la situation mondiale du COVID-19 de pandémie ; c’est-à-dire que l’épidémie est désormais mondiale.

La pandémie en France et les mesures prises par le gouvernement.

Un premier cas de coronavirus en France a été détecté le 23 janvier après un retour de Chine en passant par Wuhan pour le travail. Le premier cas de contamination sur le sol français a été relevé le 30 janvier. Il s’agit du sixième cas d’infection détecté en France.

Le stade 1 de l’épidémie de coronavirus est proclamé : il correspond à un moment où le virus n’est pas en circulation sur le territoire et l’objectif est alors d’empêcher que cela se produise. Le but est donc de détecter les cas isolés le plus rapidement possible. 

 

En France, les cas détectés sur le territoire métropolitain n’étaient que principalement, jusqu’à fin février, des cas importés d’autres pays (typiquement des touristes français de retour d’une zone infectée ou des touristes étrangers en visite). Mais à partir du 27 février, le nombre de cas a augmenté rapidement, signifiant que la maladie se propage entre résidents.

En quelques semaines, les foyers épidémiques se sont multipliés en France et le virus a désormais atteint toutes les régions françaises et les territoires d’outre-mer. Les régions les plus touchées sont pour le moment l’Île-de-France et le Grand Est. La France est en stade 2 de l’épidémie du coronavirus à partir du 6 mars : il s’agit de freiner la propagation du virus sur le territoire avec la mise en œuvre des gestes barrières.

Entre le 12 et le 17 mars, le Président E. Macron et le Premier ministre E. Philippe ont annoncé une série de mesures drastiques pour limiter les contacts humains au maximum, un principe de « distanciation sociale » qui a pour objectif d’endiguer l’épidémie. Le 13 mars, la fermeture des écoles est décidée, puis celle des commerces le 14 mars, alors que l’organisation du premier tour des élections municipales est maintenue le 15 mars et que l’on est entré en phase 3 de l’épidémie le 14 mars, laquelle signifie que le virus circule sur tout le territoire et non plus de façon isolée .

Le confinement, ordonné par le Président E. Macron appliqué depuis le 17 mars a duré deux semaines avant d’être renouvelé le 27 mars pour deux nouvelles semaines jusqu’au 15 avril.

Depuis le début de la crise, le directeur général de la santé fait un point tous les soirs sur l’état d’avancement de l’épidémie en France avec un bilan des décès dans les hôpitaux.

La stratégie de la France face au coronavirus

Dans une conférence de presse le 28 mars, le premier ministre présente la stratégie, dont s’est dotée la France pour lutter contre le coronavirus, à un moment où  le virus est devenu très contagieux avec le doublement du nombre de cas positifs tous les 3-4 jours. 

Les statistiques quotidiennes

Le dispositif national repose sur la présentation quotidienne du nombre de cas positifs et un suivi quotidien des 600 hôpitaux recensés sur le territoire national (nombre d’admis, de malades préoccupants en réanimation, de malades sortis guéris, de malades décédés - nbre cumulé).

Ce suivi inclut les informations sur le recours aux soins en ville : médecins volontaires et tests réalisés en ville : 44 000 pers ont consulté la semaine du 17 mars le medecin ou le laboratoire de tests pour une infection au coronavirus.

La mortalité est enregistrée dans les 600 hôpitaux. La mortalité dans les EPHAD n’est pas encore intégrée dans les statistiques quotidiennes. La sur-mortalité est enregistrée par l’INSEE au niveau départemental, régional et national. Ces données publiques montrent 40 000/60 000 décès en mars.

Le dispositif de surveillance

Le dispositif de surveillance est communiqué sur le site internet du ministère des affaires sociales à partir de données fournies par Santé publique France.

La stratégie française a pour objectif de freiner la progression du coronavirus et d’accroitre l’offre de soin. La capacité en réanimation de la France repose sur 5000 lits. Si l’épidémie se développe, la capacité d’accueil sera dépassée, ce qui constituerait un grave problème.

Face à l’enjeu d’augmenter la capacité d’accueil dans les services de réanimation, le gouvernement français répond par la multiplication des déplacements de malades

Pour aplatir la courbe et faire qu’il y ait moins de cas sévères, il est demandé aux Français de faire preuve de civisme en respectant le confinement : les mesures barrières (se laver les mains, tousser dans son coude…), la distanciation sociale, l’évitement des contacts prolongés, la mise en place du télétravail, la limitation des déplacements à l’extérieur. En l’absence de mesures de confinement, chaque malade infecte 3 personnes. Si un confinement efficace est mis en place, chaque personne infecte moins d’un malade.

La stratégie hospitalière repose sur la mise en place d’un Plan blanc sur tout le territoire français. Il existe au moins un hôpital COVID par département. Tous les hôpitaux sont mobilisés, aussi bien publics que privés. 

La réanimation est un enjeu. Nos capacités de 5000 lits seront relevées à 10 000 lits.

Les enjeux sont également humains (soignants, brancardiers…). Une réserve sanitaire a été mise en place (+ 1000 aides-soignants/jour depuis le début de mars) avec la mobilisation des médecins retraités et des étudiants en médecine.

Autre enjeu : le matériel, à savoir les respirateurs. 1000 respirateurs ont été commandés à Air Liquide. Des commandes ont été passées à l’étranger, l’Allemagne a prêté 25 respiraturs aux hôpitaux du Grand Est

Des tensions existent sur les approvisionnements de médicaments pour la réanimation. Il a donc été nécessaire de mobiliser les stocks nationaux. Les entreprises sont également mobilisées pour répondre à une demande mondiale.

S’agissant de nos capacités hospitalières, un hôpital militaire de campagne a été installé près de Mulhouse.

Il est également nécessaire de transférer les malades graves vers les régions où la pression épidémique est moindre (premier TGV sanitaire le 26 mars, Allemagne, Luxembourg, Suisse.)

Les 7000 EPHAD présents sur le territoire français comptent 700 000 personnes âgées en perte d’autonomie. Dans les EPHAD, le déploiement du Plan bleu implique l’interdiction des visites, l’éloignement des familles.

Le gouvernement s’est engagé à fournir 500 000 masques/jour aux EHPAD, répondant à la demande exprimée par la fédération des EPHAD.

Ces mesures sont à compléter par l’isolement individuel des résidents.

En Outre-mer

En Outre-mer, les capacités sanitaires sont limitées, car des évacuations se font habituellement vers la métropole. Un confinement total a été décidé comme en métropole alors que la phase épidémique n’y était pas encore engagée.

Les restrictions sont très strictes pour l’entrée dans ces territoires. Le Préfet doit renforcer le confinement si nécessaire avec le couvre-feu (Mayotte). Les capacités en réanimation seront augmentées dans l’Outre-mer. Un approvisionnement en masques et tests est prévu, de même que le concours des forces armées.

Protéger les soignants

Pour faire face au coronavirus, il également important de protéger les soignants. Les stocks stratégiques comprennent 117 Ms de masques chirurgicaux. En période d’épidémie, ce n’est pas suffisant face à l’afflux de malades dans les hôpitaux.

La réponse du gouvernement est la suivante : les masques sont à répartir entre les soignants et les personnes les plus fragiles : 36 Ms de masques ont été destockés la semaine du 23 mars.

La production de masques a été augmentée à 8 Ms /semaine. Des commandes sont passées partout dans le monde comme en en Chine (1 Md de masques commandés livrés via un pont étroit intensif entre la France et la Chine) pour faire à une  consommation de 48 Ms/semaine.

Il existe une compétition mondiale pour les masques : aucun pays au monde n’est en capacité de fait face à sa demande actuellement. Une information régulière sur l’état des importations et de la distribution des masques sera diffusée par le gouvernement. Plus de 60 Ms de masques périmés depuis 6 mois ont été répartis, car ils étaient encore utilisables. Des masques alternatifs seront distribués rapidement. Le gouvernement souligne le fait qu’un masque ne doit pas s’accompagner d’un oubli des gestes barrières.

Un élan de solidarité nationale est à constater pour aider les soignants avec l’accueil des enfants de soignants par les enseignants et des personnels de crèche et la mobilisation d’offres de taxis et de chambres d’hôtels.

La stratégie sur les tests

La stratégie sur les tests a évolué avec l’épidémie et l’état de la science.

En phase 1 de l’épidémie, tout cas suspect était dépisté. Les recommandations de l’OMS ont été respectées et même au delà avec le test des femmes enceintes. En phases 2 et 3, l’OMS recommande de tester les malades sévères etc.

Ces stratégies reposent sur nos capacités de tests. L’OMS appelle à tester plus massivement à l’approche de la levée du confinement. Aujourd’hui, on compte 5000 à 12 000 tests /jour. Dans une semaine, ce sera 25 à 35 000 tests/jour, puis 50 000/jour fin avril.

Des tests rapides vont être mis en place. Ils permettront d’avoir un rendu de résultat en 30 minutes. La France vérifie que ces tests sont opérationnels. La France a passé une commande pour 5 Ms de tests, ce qui lui permettra de réaliser100 000 tests/jour en juin. La sérologie permet de savoir si une personne a été immunisée. Elle va faire l’objet d’une expérimentation.

Aucun traitement spécifique n’a fait ses preuves contre le coronavirus. La recherche est fondamentale. La France et ses pays voisins européens testent plusieurs molécules, dont la cloroquine. Une autorisation de prescription dérogatoire de la cloroquine, compte de ses effets secondaires importants, a été délivrée dans les cas graves.

La protection des emplois

La protection des emplois est également pour le gouvernement un enjeu fondamental.

Les personnes vulnérables doivent être protégées. Il est nécessaire d’éviter les ruptures de droit des ayant-droit au chômage, de maintenir l’éligibilité aux droits sociaux. La fin de la trêve hivernale est repoussée du 31 mars au 31 mai. L’interruption des contrats d’électricité et de gaz pour non paiement est également repoussée au 31 mai. Le délai de carence est interrompu pour le public et le privé.

Il convient également d’éviter les faillites d’entreprise. Le principe adopté est le suivant : « 0 recettes, 0 dépenses ». Il a été décidé de reporter les délais de paiement d’échéances fiscales, des loyers, des factures d’électricité, de renforcer le régime social permettant ainsi aux entreprises de conserver leur main d’œuvre pendant la crise sanitaire, de mettre en place un fonds de solidarité de 1 Md d’euros pour les TPE et les auto-entrepreneurs. Enfin, toutes les entreprises pourront avoir accès à des lignes de trésorerie garanties par l’Etat (300 Ms d’euros).

Après la sortie de crise. Quelle société pour demain ?

En bousculant nos habitudes quotidiennes, et en testant la résilience de notre société, la crise sanitaire bientôt redoublée d’une crise économique née dans la sphère réelle ne peut que pousser à s’interroger sur les perspectives non de la fin du monde, mais de la fin d’un monde.

Face à la prolifération prévisible des pandémies et des crises liées au changement climatique, il est réellement temps de se poser les bonnes questions et de passer collectivement à l’action. Nous devons avoir confiance dans les vertus du débat démocratique et de la participation citoyenne pour trouver des solutions à ces grands défis que l’on croyait pour demain, mais auxquels nous sommes déjà en train de faire face.

Plusieurs questions se posent à nous.

Le lien entre la crise sanitaire actuelle et la crise environnementale et principalement les atteintes à la biodiversité. La déforestation entraîne la multiplication des contacts entre les être humains et des animaux porteurs de maladies face auxquelles notre immunologie ne peut pas faire face. Les commerce de la viande de ces animaux braconnés, entraîne des risques pour la santé des hommes, sur lesquels l’OMS a déjà alerté. Tel a été le cas du pangolin, à l’origine de l’épidémie en Chine, qui est par ailleurs une espèce protégée.

Le rebond à attendre du multilatéralisme. Dans ce contexte d’incertitudes, il n’est pas sûr que la bonne parole de l’OMS serve réèllement de boussole, comme en témoignent les stratégies différenciées et globalement dispersées des Etats confrontés au coronavirus. A ce stade, il est encore difficile de savoir qui à raison. Néanmoins, l’enjeu d’une enceinte multilatérale est évident pour répondre au défi du repli sur soi face à la crise. La même question se pose au niveau européen pour l’Union européenne. Autant dire, que la crise sanitaire que nous traversons est un test qui nous permettra de répondre à la question de savoir si les organisations internationales et la coopération multilatérale sont vraiment utiles. Il sera peut-être nécessaire de leur donner une nouvelle impulsion voire d’envisager une refondation.

L’engagement massif dans un plan de transition écologique pour une société fondée sur les communs. La crise sanitaire pose la question de l’état d’avancement de la transition écologique par son interrelation avec la crise environnementale (biodiversité, pollution de l’air, agriculture/alimentation). Il est urgent de réaliser cette transition et d’ériger la santé en commun en renforçant le service public de la santé et la recherche, en favorisant toutes les initiatives communes pour faire émerger des solutions qui nous permettent de mieux vivre dans le respect de l’environnement, car tout est lié et nous sommes tous interdépendants. Dans ce contexte, la crise actuelle nous invite à inventer de nouvelles formes de solidarité et à interroger les liens qui nous lient aux autres. Ce qui est en jeu, c’est le souci des autres, la fraternité et notre capacité à conserver, au delà de l’espoir en des jours meilleurs, l’espérance au fond de nos cœurs.

 

Le 13 avril, le Président de la République a prolongé le confinement jusqu’au 11 mai.